Centre logistique virtuo, des emplois ? quels emplois ? – partie 1 -
- nonaucentrelogistic
- 3 janv. 2021
- 4 min de lecture

Le collectif « hangars et tout camion c’est non » passe à la moulinette les promesses d’emplois avancées par VIRTUO.
Au regard des conséquences particulièrement négatives de cette implantation – hausse du Traffic poids lourds, pollution atmosphérique, désastre écologique et humain dans le secteur nord de Vierzon – la promesse d’emplois est le seul argument apparemment crédible des promoteurs de ce centre logistique.
Qu’en est-il réellement ? Dans ce post, nous nous sommes penchés d’abord sur la logique économique globale portée par le secteur de la logistique et de ces centres qui fleurissent partout en France tels des champignons – toxiques –.
Cette première approche du secteur nous permet de juger de la crédibilité des paroles de ceux des élus locaux qui soutiennent le projets VIRTUO et qui nous vendent des emplois pérennes, la protection de l’environnement, la démocratie…. Dans la vraie vie, centres logistiques riment avec destruction nette d’emplois, saccage accéléré de l’environnement, réduction des droits sociaux des salariés, mise au pas de la démocratie en restreignant les possibilités de s’opposer à l’implantation de ces centres…
I - Le déploiement de la logistique en France : un secteur totalement enfanté par la mutation et la déréglementation des secteurs industriels et des services ses 40 dernières années.
La logistique est présentée par le gouvernement comme une source importante de compétitivité et d’emplois ainsi que de nouveau gisements de croissance (dossier de presse du premier ministre en date du 16/09/2019).
Certes, 1,8 M d’emplois sont concernés mais le secteur dit de la logistique réalise aujourd’hui se qui auparavant était réalisé ailleurs. La logistique c’est en fait la traduction du démembrement et de l’externalisation de pans entier des activités appelées auparavant « manutention-stockage-magasinage - dans beaucoup d'entreprises. Cela s’est traduit par le développement d’une filière nouvelle, dominée par des grands groupes nationaux et aujourd’hui internationaux recourant massivement à la sous traitance pour réduire les coûts liés à la gestion des flux et confiant de plus en plus à des entreprises spécialisées le soin de mettre à disposition les centres logistiques - dont le projet VIRTUO est un des exemples typiques-. Sur ce dernier point, nous entrons ici dans une dimension spéculative.
Les gains de croissance sont générés non pas par l’activité intrinsèque du secteur mais par la priorité donnée au tout camion contre le fret, la libéralisation quasi-total du secteur conduisant à réduire les salaires et à autoriser sans régulation le transit en France de centaines de milliers de véhicules conduit par des chauffeurs dont beaucoup peuvent être considérés aujourd’hui comme les galériens des temps modernes. Ces mêmes chauffeurs alimentant des centres logistiques peuplés de salariés sous payés et qui s’épuisent littéralement à la tâche (nous y reviendront dans un prochain post).
II - Un secteur pleinement inséré dans la mondialisation et la destruction du tissu industriel, commercial et artisanal français
La logistique est totalement insérée dans le système mondialisé et cette évolution du secteur est particulièrement néfaste pour l’économie nationale et locale.
La proposition de loi présentée en septembre 2020 par Delphine Batho est d’ailleurs sans ambiguïté sur ce point : « le développement massif d’entrepôts logistiques aux fins de stockage et d’acheminement de produits à bas coûts fabriqués à l’étranger et destinés uniquement au commerce en ligne va à l’encontre de la reconquête de notre souveraineté économique et s’effectue au détriment du commerce et de l’emploi local ». Ce basant sur l’exemple d’AMAZONE, ce même rapport souligne que « les entrepôts d’amazone emploient 2,2 fois moins de salariés que le commerce traditionnel. »
Les entrepôts sont également « les chevaux de Troie » de la désindustrialisation. L’exemple frappant est celui de l’entreprise Bridgestone. Ce groupe prévoit de supprimer son site de production de pneumatique à Béthune. Dans le même temps le groupe VIRTUO loue sur son site de port saint Louis du Rhône un hangar de 18 273 M2 à l’entreprise SOCAH pour stocker et distribuer notamment des pneumatiques importés. Dans les bouches du Rhône quelques dizaines d’emplois à peine, dans le nord 863 licenciements directs chez Bridgestone, des centaines chez les sous-traitants et la suppression d’une industrie de plus….
III - Un secteur particulièrement soutenu par le gouvernement.
Un plan de déploiement du secteur logistique est actuellement en cours d’élaboration et de mise en œuvre par le gouvernement. Il poursuit en cela le plan conduit par le gouvernement précédent lancé en 2015.
Alors, s’agit-il de protéger les entreprises locales de la concurrence déloyale des géants du commerce en ligne, de développer le fret ferroviaire, de limiter l’extension de ces centres, de proposer des salaires décents et des conditions de travail dignes ?
On en est loin, les recommandations du plan d’action pour le logistique, proposé par deux lobbyistes du secteur vise prioritairement à lever les «obstacles» - il s’agit en fait des protections des populations et des salariés contre les impacts négatifs de ces constructions - au déploiement de ces centres.
1 – accélérer les implantations des centres logistiques en réduisant délais et procédures. En résumé il s’agit de supprimer les règles visant à protéger l’environnement. Son but est clairement de réduire la possibilité pour les populations et les élus de s’opposer à ces implantations qu'ils jugent néfastes pour l’environnement et destructrice du cadre de vie ainsi que des emplois locaux. Bonjour la démocratie, la protection de l’environnement et des emplois locaux !
2 – une réforme de la fiscalité des locaux industriels appliquée aux centres logistiques. En résumé il est proposé notamment de « maitriser » la fiscalité locale sur ces entrepôts. Ces entrepôts bénéficient déjà, notamment ceux réalisant du commerce en ligne, d’une fiscalité quasi dérogatoire et plus avantageuse que les autres secteurs. En perspective de nouveaux cadeaux pour leur permettre une nouvelle « optimisation » – tel le géant AMAZONE spécialiste de l’évasion fiscale - …. Bonjour la justice fiscale !
3 – une harmonisation de la réglementation applicable au transport. Sur la base d’un comparatif entre Etats Européens, le gouvernement souhaite étudier la possibilité d’une harmonisation pour rendre le secteur plus compétitif en France. Compétitivité rimant quasi systématiquement pour les différents pouvoirs politiques à harmoniser par le bas les règles sociales et environnementales pour s’aligner sur celles des pays les moins exigeants et faire de la France un pôle logistique d’excellence…. Bonjour les droits sociaux et la préservation de l'environnement !
Nous reviendrons dans un prochain post sur les emplois promis et la réalité que vivent les salariés dans ces centres…un modèle social digne du XIXème siècle…
Comments